Crédit Photo: Alain Paris
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Les origines ivoiriennes du Twerk

Crédit Photo: Alain Paris

Bon d’accord, parler du Twerking, c’est vu et revu. Pourtant, force est de constater que cette danse, souvent décriée comme symptomatique d’une génération en perte de repères et aux « mœurs légères » par ses détracteurs, continue de faire des adeptes. En témoigne le nombre de vidéos la mettant en scène qui ne cessent de proliférer sur la toile. Chez Bledardise, nous avons décidé de nous pencher sérieusement sur cette danse, et de remonter à ses origines.

Tout d’abord, difficile de ne pas en avoir entendu parler mais, pour ceux et celles qui auraient loupé le coche et seraient encore derrière comme les fesses (sans mauvais jeu de mots), petite piqûre de rappel : le twerking est une danse qui consiste à secouer frénétiquement les fesses tout en gardant les hanches immobiles comme des membres de la garde royale britannique, fléchissant de temps en temps les jambes pour ne pas épuiser les yeux qui regardent le tout. Pratiquée dans les clips de hip hop et par des artistes comme Nicki Minaj ou encore Miley Cyrus dont le twerking est devenu mémorable en son genre, le twerking – vous l’aurez compris – c’est la danse qu’on évite de pratiquer en dîner de famille. Sauf si, bien sûr, vous avez décidé de provoquer  un infarctus chez vos adorables grands-parents ou de vous attirer les foudres de votre tante protestante.

Apparu dans les années 90 et popularisé par le son  « Do The Jubilee All » de DJ Jubilee, le terme « Twerk » est une contraction de « Twist » et « Jerk ». L’engouement autour du twerking est tel que le terme figure désormais dans le Oxforord Dictionary, le dictionnaire de référence de la langue anglaise. Voilà pour ce qui est des présentations.

Si l’opinion publique s’accorde désormais à penser que le twerking a vu le jour dans les clubs de striptease américains, c’est sur la Terre Mère, en Afrique, et en particuliers en Côte d’Ivoire, qu’il faut se rendre pour découvrir les prémices de ce qui deviendra une des danses les plus controversées de 2013. En effet, bien avant de heurter l’Amérique puritaine, c’est d’abord l’Afrique Noire conservatrice que ce qu’on surnomme « la danse du fessier » va choquer.

Nous sommes à la fin des années 90 et une nouvelle danse ivoirienne fait déjà fureur dans les plus grandes villes d’Afrique subsaharienne. Son nom : le Mapouka. Portée par des artistes issus de la scène ivoirienne comme les Tueuses, Petit Yodé, Espoir 2000 et même Magic System, le Mapouka se répand comme une traînée de poudre chez les jeunes africains et surtout chez les jeunes africaines, qui n’hésitent pas à manger davantage pour faire augmenter de volume leur « bobaraba » (postérieur).

Les Tueuse – Ahou

Le Mapouka va même jusqu’à rivaliser avec le ndombolo congolais, alors indétrônable jusque là à l’époque.  Ce que beaucoup ignorent à ce moment, c’est qu’avant de devenir cette danse sulfureuse qu’ils adulent, le Mapouka, était d’abord une danse traditionnelle, pratiquée en zone rurale lors de cérémonies : 

« Le Mapouka a ses jeunes racines profondément encrées dans le sable fin lanc de Nigui-Saff. Ce petit village ahizi d’à peine 3000 habitants, fait fièrement face à la lagune ébrié et à la ville de Jacqueville, son chef-lieu de département. C’est dans cette petite bourgade située à 70 km d’Abidjan sur la côtière d’abord, puis 10 km de piste ensuite, que naît le Mapouka.(…)

Le mot Mapouka est la contraction de  » Mapouka-té  » qui signifie en langue ahizi  » couvrir, mettre en sécurité « . (…)

Le Mapouka dérive d’un rythme importé de Grand-Lahou  » Ahoussi  » en 1988. Le Mapuka se tenait au cours de certains cérémonies en zone rurale, ou les femmes en mal avec leurs époux, dans leurs plus belles parures, un pagne bien noué au niveau de la ceinture, descendaient dans le cercle avec la détermination de reconquérir leur place auprès de ces derniers. La partie supérieure du corps incliné à 50 -60°, toute la partie inférieure vibrait au rythme très synchronisé et syncopé des tamtams et animations vocales. Puis le Mapouka a quitté les zones rurales pour gagner les centres urbains où il a connu moult variances, pour devenir chez certains praticiens une danse très osée. »

(Source)

Très vite qualifiée « d’obscène », évoquant pour beaucoup de ses pourfendeurs les préliminaires sexuels, voire la pornographie, le Mapouka se voit interdire par la CNCA (Conseil National de la Communication Audiovisuelle) en Côte d’Ivoire, puis dans d’autres pays africains par les autorités (Niger, Togo, Burkina Faso, Cameroun, etc.).  Mais cela ne va faire qu’accroitre la popularité de la danse qui provoquer l’hystérie chez les foules. Il faut dire que certaines variantes comme le « Mapouka serré » flirtent de près avec la pornographie ; les danseuses se produisent en tenues très légères (string), voire même en tenue d’Adam et Eve. Aujourd’hui encore, le Mapouka a une connotation très sexuelle, comme l’illustrent les résultats sur le moteur de recherche google..

Written by La rédaction

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