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Confessions d’un retardataire aguerri

Je suis ce qu’on appelle un retardataire aguerri mais je me soigne. On dit souvent que la prise de conscience est une étape essentielle dans le traitement d’un problème, non? C’est tout le temps la même rengaine: je me lève en avance, je prends le temps de me préparer et, pensant en avoir assez, je finis avachi devant un épisode de… Dora L’Exploratrice (Dora et Babouche arriveront-ils à contrecarrer TCHIPEUR? Suspense). Puis, je cours après le bus jusqu’à estomper l’effet du déodorant et sentir la transpiration au point où même les personnes âgées refusent ma place. Et là, je me sens mal, je culpabilise même et je me jure de changer. Quel changement même? Je récidive!

Comme moi, beaucoup d’africains vivent avec ce décalage horaire de leurs bleds respectifs. Au pays du blanc une minute c’est soixante secondes mais pour les blédards, c’est soixante secondes multipliées par le décalage horaire (les Antilles c’est à combien de temps de la Métropole?). Alors ne vous y trompez pas, nous sommes ponctuels: c’est juste un problème de décalage horaire. Ne dit-on pas que le temps est élastique?

C’est toujours le même scénario: tu donnes rendez-vous à un blédard. Celui-ci te confirme, Inch’Allah – comme on dit en anglais – il a du crédit et t’envoie un message disant « Je suis là dans quelques minutes »! C’est seulement quelques heures après que tu te rends comptes qu’il s’agissait d’un message codé et que le gars disait juste qu’il allait prendre sa douche. Et comme certains sont nés avant la honte, ils trouvent toujours une histoire rocambolesque et à peine crédible pour se justifier:

« Gars, laisse-moi te raconter les ways forts (l’histoire de folie) ! Je suis comot (sorti) de chez moi à l’heure et je wakayais (marchais) dans le noir quand j’ai ya (entendu) « TCHOUP » derrière, puis devant moi. J’écar-qui-lleuh les yeux et que vois-je ? (Que voit-il ?) DEUX NIN-JAS ! Deux colosses qui voulaient me nak (tabasser) pour tcha (prendre) mes dos (mon argent) ! J’ai tellement tcham (bagarré) qu’un morceau de ma dent s’est même broke (cassé) et ma chemise s’est déchirée, j’étais obligé de back (retourner) me changer ! Et quand j’arrive à la piole, la mater me ask (demande) de wash (laver) le sol comme les invités vont débarquer ! Je finis de do (faire), c’est maintenant le pater qui me hambok (dérange) pour que je shiba (descende) lui buy (acheter) une carte ! Et quand j’ai même bolè (fini) tout ça, j’étais déjà entrain de recame (revenir) quand Tata rose me call (m’appelle) pour me tell que Michou, sa chèvre est ill (malade) en me suppliant de la bring (l’emmener) chez le vétérinaire ! Je wanda (Je n’y crois pas) ! Tu me connais non ? Si ce n’était que moi, c’est que j’étais là depuis depuis (le doublon marque l’insistance) ! ». 

En fait, j’ai tendance à faire le parallèle entre les préparatifs et la cuisine: en Europe, c’est « 5 minutes de cuisson au four micro-ondes » mais au Bled, c’est  deux heures, louche dans la marmite à tourner en goûtant. Ca me rappelle toutes ces fois où, enfant, je me suis apprêté, tout excité à sortir avec ma mère, pour finir endormi sur la canapé parce qu’elle a débarqué 3 heures après. J’ai des amis qui, une fois sur leur 31, s’admirent devant la glace et commencent à tester les pas de danses qui vont avec leurs tenues!

 Avec les Blédards, prévoyez donc toujours trois plan: le plan A, le plan B et le plan C car en Europe on a les montres et au Bled, on a le temps. L’heure que tu énonces à un blédard n’est pas l’heure du rendez-vous mais l’heure à laquelle il commence à se préparer.

Et si vous êtes de ces retardataires chroniques et que vous vous êtes reconnu(e)s dans ce post, il serait temps, d’une part de réaliser ce que cela engendre pour vous et la considération que vous provoquez à votre égard ; d’autre part de prendre conscience du préjudice que vous causez à l’autre : « J’entends ton invitation et pour te signifier mon acceptation…Je vais te faire poireauter comme un imbécile ». Et surtout, se rappeler que la « ponctualité est la politesse des rois » et que les retardataires sont condamnés – à perpétuité – à rester derrière comme les fesses.

Written by Essomba wilfried

Essomba wilfried

Chef de village.

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